LES CONSEQUENCES DE L'ACIDIFICATION

 

l'essentiel en quelques mots :

1. les pluies acides détériorent le patrimoine architectural.

2. l’acidification des sols est l’une des causes du dépérissement des arbres de certains secteurs du massif vosgien et perturbe la faune et la flore.

3. l’acidification des sols peut provoquer l'acidification des cours d'eau.

4. l'acidification des eaux provoque une diminution de la biodiversité et notamment des populations de truites.

5. l’acidité des eaux de source augmente le risque de saturnisme ("la maladie du plomb") et d'intoxication par l'aluminium pour les populations humaines.

 

Les pluies acides détériorent le patrimoine architectural :

La pollution atmosphérique crée de l'acidité qui retombe au niveau du sol sous la forme de pluies, de neige, de brouillard ou de particules. Cette acidité attaque les pierres d'édifices qui avaient jusqu'alors résisté à l'usure des siècles. Les monuments sont plus ou moins touchés en fonction de leur localisation et du type de roche qui a servi a faire les pierres de construction.

Pour voir un exemple de détérioration du patrimoine culturel, clicquez ici :

corrosion d’une sculture du château de Herten en Allemagne

L'acidification des sols favorise le dépérissement des forêts :

Le dépérissement des forêts est un phénomène complexe car il existe plusieurs types de dépérissement. Le type de dépérissement qui affecte les forêts vosgienne est dit "magnésique" car il se caractérise par une carence en magnésium de l'alimentation des arbres : explication du dépérissement dans les Vosges.

La pauvreté des roches est un facteur prédisposant au dépérissement. C'est pourquoi ce sont surtout les parties nord-ouest et centrale du massif vosgien qui sont touchées par le dépérissement (zones géologiquement les plus sensibles à l'acidification).

 

L'acidification des forêts perturbe la flore et la faune :

Les dépôts atmosphériques azotés favorisent les espèces végétales nitrophiles (nitrophile : "qui aime l’azote") et, plus secondairement, les espèces végétales acidiphiles (acidiphile : "qui aime l’acidité"). Ces espèces nitrophiles sont le plus souvent des espèces banales.

En Belgique et aux Pays-Bas, des études ont mis en évidence la régression de plusieurs espèces animales sous l’effet de l’acidification. Par exemple, sur les sols très acides les populations d’escargots régressent. Ceux-ci constituent la principale source de calcium pour les mésanges, notamment pour les femelles lors de la ponte. En cas de carence sévère en calcium, les œufs sont moins viables ce qui diminue le nombre de naissances et handicape la survie de l’espèce.
L’effet de l’acidification sur la faune de la forêt vosgienne est mal connu, mais des effets néfastes sont probables.

 

L'acidification des sols peut provoquer l'acidification des cours d'eau:

Lorsque les sols sont soumis pendant une longue période à des flux d’acidité supérieurs à leur capacité à neutraliser les acides, leur acidité augmente et progresse de la surface vers la profondeur. Après un certain temps, les couches profondes des sols ne peuvent plus neutraliser le flux d’acidité qui passe alors vers les eaux de nappe. Quand l’eau du sol peut s’infiltrer profondément dans la roche désagrégée, ces couches profondes, même pauvres, sont souvent assez épaisses pour neutraliser l’acidité. L’eau des sources est alors proche de la neutralité.
Par contre, si l’eau ne peut pas s’infiltrer profondément, ou si les roches sont particulièrement pauvres (comme le grès vosgien), l’eau des sources devient acide : son pH s’abaisse et sa concentration en aluminium augmente (l’aluminium est issu de la dissolution de certaines roches).
Une source peut être temporairement acide à l’occasion d’un épisode pluvieux intense ou lors de la fonte des neiges du printemps, car la quantité d’eau est telle qu’une partie de celle-ci ne s’infiltre pas et migre à travers les sols acides directement vers le ruisseau (voir le cas précédent).

 

L'acidification des eaux provoque une diminution de la biodiversité :

L’acidification des ruisseaux conduit à une diminution du nombre d’organismes aquatiques. Cette diminution se traduit à la fois par une réduction du nombre d’espèces et d’individus. Le pH à partir duquel une population périclite dépend de l’espèce, mais les premiers signes de déclin apparaissent généralement dès que le pH passe en dessous de 6,5. L’acidité n’est pas la seule cause du déclin des populations des ruisseaux. En effet, un pH bas favorise l’apparition d’aluminium soluble dont certaines formes sont toxiques.

L'acidification affecte, entre autres, les truites dont la survie est conditionnée par l’acidité et la teneur en aluminium des eaux. Dans le massif vosgien, les populations de truites déclinent lorsque le pH de l’eau diminue. En dessous d’un pH de 5,5, elles disparaissent presque complètement, y compris dans les secteurs où des alevins sont introduits. Le seuil de toxicité en aluminium se situe à 200 microgrammes par litre. Ce taux est atteint lorsque le pH est inférieur à 5,5.

 

L'acidification des eaux augmente les risques d'intoxication :

Dans une partie des communes du massif vosgien, des canalisations privées d’adduction d’eau aux habitations sont en plomb. La concentration en plomb de l’eau est d’autant plus élevée que l’eau est acide et qu’elle réside longtemps dans les canalisations. Le plomb est un métal toxique dont l’ingestion répétée provoque une maladie grave appelée "saturnisme". Cette maladie a été fréquemment détectée au cours des années 1980 dans les secteurs acidifiés du massif vosgien. Dans certaines habitations, les teneurs en plomb de l’eau du robinet étaient près de cent fois supérieures à la norme de potabilité. A l’heure actuelle, ce problème est traité pour l’essentiel en procédant à la neutralisation de l’acidité de l’eau et au remplacement des canalisations.


Par ailleurs, l’acidification peut conduire à l’apparition de formes toxiques d’aluminium dans les eaux de source. Toutefois, l'impact réel de la présence d'aluminium sur la santé des populations du massif vosgien n'a pas encore fait l'objet de suffisament d'études pour être quantifié.

 

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